Belgodere

Village forteresse

Publié le 06/04/2007
© Texte Anna Grazi Photos Robert Palomba

Village
Omniprésent dans le paysage, quasiment obsédant, le Monte Padru auréole la Balagne. De Moltifao, le chemin plonge sur l’antique route, on boude alors “La Balanina” qui court, file vite vers la mer. La rivière Navaccia suit l’ondulation de la route, la N 197, entre collines et sommets. On gagne peu à peu Belgodere, là où il fait “bon vivre et où le séjour est plaisant”. Datant du Moyen Age, le village devrait son nom au combat armé ayant opposé le marquis de Massa à son vassal le vicomte Marovello. Et de cette guerre, une phrase est restée célèbre “sarebbe un bel godere per essere noi fronte del nemico”, ce sera un bon plaisir d’être face à l’ennemi... Gravées, ces paroles font l’histoire de Belgodere, très photographié pour son couvent édifié en 1520. En ruine depuis un siècle, il abrite le cimetière communal et côtoie l’église dédiée à la Madonna di e Grazie, également en ruine. Bâti sur un éperon planté d’oliviers aux vents, le village récite le passé lorsque l’arbre tissait les jours heureux. Au xixe, Belgodere chantait la vie pour mille âmes, conviant dans la farandole les vignes produisant un vin réputé, et l’exploitation de la mine d’arsenic. Au souffle des vents, le village a irisé son paysage, coloré ses pentes en brun et doré de blé, seigle, lin et en blond des ruches déplacées au gré des floraisons. Puis Belgodere s’est fané à la grande guerre. Fier, avec son allure de village forteresse regroupant d’anciens quartiers, murets de pierre et grandes bâtisses, apprécié par les peintres Utrillo et Fernand Léger, Belgodere surplombe la vallée du Reginu, à 10 km d’Ile- Rousse. Du belvédère, l’on savoure le paysage et la statue blanche du Christ qui éloigne la malédiction. Entouré de chapelles et villages abandonnés, Quercioli, Lioco, San Gavinu, Chjevasa, le chef-lieu du canton retient ses enfants, près de 400 habitants, et entretient la mémoire. Il suffit de s’engouffrer sous les porches pour savourer l’ancienneté de l’existence, déployée sur les pentes d’oliviers et le sable de Lozari. Là où les minuscules perles roulées par les vagues rappellent les Etrusques.

 

Infos Pratiques


ITINERAIRE

Remarquable, le patrimoine de Belgodere attire à la source de Cava. A 800 m d’altitude, elle accompagne les ruines de Sant’Antonio delle Coviglie, ermitage délaissé il y a deux siècles, et qui au Xe s., évangélisait les populations pastorales. Plus bas, à l’entrée du village, le col de Casella abrite l’oratoire, voisin de la colline “cavallu mortu”, en hommage au cheval du marquis de Massa tué par le vicomte Marovello. Ici, la féodalité a défilé avec les Malaspina, riche famille d’origine toscane ayant régné au xviie. Témoins du passé, les ruines des fondations de la tour de guet, située au fort de Belgodere, où l’on accède par une ruelle du village. Belgodere s’est construit autour de la tour de guet, aux dépens des villages voisins fuis à cause de leur insécurité. Du vieux fort, la vue sur la vallée engage un voyage intemporel où la mémoire s’enchante, entame ses errances. On imagine alors le château en 1633 lorsque, excédée par son autorité et ses élans de Don Juan, la population élimine le vicaire général Anton Paolo Malaspina. En 1892, les Malaspina édifient le château de la Costa, au-dessus de la chapelle san Ghjuvan’ Evangelista.

PRATIQUE
Accès
*De Moltifao, la N 197, l’ancienne route à gauche.

A voir
*Eglise Saint-Thomas (XVIe). Au cœur des arcades et venelles multipliées, elle abrite un panneau peint du xvie représentant la Vierge à l’enfant, un bénitier du XVIIe, une statue de marbre de Saint-Antoine-Abbé, retrouvée à Lozari. Cette dernière, convoitée par quelques communes, aurait été chargée sur une charrette à bœufs, puis offerte au premier village où les bêtes firent une halte.

A visiter
*La miellerie de Lozari (en descendant de Belgodere à gauche avant la nationale) pour la quinzaine de miels aux parfums du maquis : trèfle blanc, bruyère, romarin, chardon, l’hydromel et le vinaigre de miel.

Dans les environs

*Palasca :
- Forgeron d’art Martin Broomberg (gare ferroviaire)
Tél. 06 85 21 25 73
*Occhjatana :
- Eglise Saint-Barthélémy
- Poterie d’Isabelle Volpei - Tél. 04 95 61 33 20
- Fromage de chèvre “U Capricciu”
Germain Volpei - Tél. 06 16 13 50 89
- Fromage de chèvre “U Campagnolu”
Fortuné Savelli - Tél. 06 13 58 04 91
*Olmi-Capella :
- Si l’escapade en Giussani, la Mecque du théâtre, vous tente, prenez la D 963. Le village vit sa passion avec des rencontres internationales impulsées par Robin Renucci.

ADRESSES UTILES
*Office de Tourisme à Olmi-Cappella
Tél. 04 95 61 03 02 - 04 95 61 90 17

Où manger & dormir
*Auberge de Tesa - Tél. 04 95 60 09 55
*Hôtel-restaurant Niobel - Tél. 04 95 61 34 00
*Biscuiterie “Muraccioli” - Tél. 04 95 61 33 13

EXTRAIT DU MAGAZINE
THEMATIQUE N°1 TERRE DE CORSE

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