Cap Corse...

Voyage secret

Publié le 02/08/2007
© Texte Anna Grazi Photos Robert Palomba

Carnet de route

Montagne dans la mer, le Cap sait se dévêtir en déployant son intime richesse. Atypique et rebelle, la région affiche rudesse et austérité en toute majesté. Élevée, escarpée, la terre de schiste amasse ses terrasses pierreuses telle une sculpture taillant le relief. Ouvrant la balade au pays du vent, Pino accroche sa luxuriance à flanc de montagne. La D 180 franchit le col sainte Lucie et déjà, la tour de Sénèque, magnifique éperon rocheux coiffé des ruines de la tour ronde. Au col, la petite route en lacets débouche sur le parking. En un quart d’heure, les bons marcheurs accèdent à la résidence du précepteur de Néron qui y passa quelques étés durant son exil de 41 à 49 après J.-C. Après l’escalade, direction Luri, où en juillet la foire honore la capitale viticole avec son espace de promotion, de découverte et de fête. Toujours sur la D 180, Santa Severa. La route des vins s’ouvre sur la cave Pieretti, la grande bleue invite au centre de plongée, où baptêmes, formation et découverte du Cap sont tonifiants. Après le port et la plage aux galets, cap sur les vieilles maisons, la marine de Meria, Macinaggio. Meilleur mouillage du Cap depuis l’Antiquité, Macinaggio était l’ancienne base navale de Paoli, emballant depuis les plaisanciers. Point de départ de fabuleuses croisières, le port troque la voiture pour le bateau tirant vers les îles de l’archipel toscan ou Finochjarolla... Ultime marine à l’est, Macinaggio suggère l’escapade en ouest. À 5 km, Rogliano. Haut perché, il égrène son chapelet de hameaux. Le berceau des Da Mare étale ses demeures aux toits de teghje, pierres plates de schiste, ses tours génoises et ruines d’anciens châteaux.
La D 80 grimpe, serpente en Ersa, où les hameaux s’étirent entre Botticella et le bleu de la mer, Granaggiolo. Au village du VIIIe siècle, la maison de Louis Napoléon Mattei, inventeur de l’apéritif Cap Corse, l’ancienne mine d’antimoine fermée en 1918 et une carrière de serpentine, U verde stella. On entre alors à Barcaggio avec son ravissant port de pêche créé six siècles avant notre ère. Au xviiie siècle, le port du bout du monde exportait des tonnes de poissons frits marinés dans du sel, huile, vinaigre et feuilles de myrte. À quelques encablures, la Giraglia, îlot de serpentine verte couronnée d’un sémaphore. À 2 km des côtes, l’îlot accueille puffins cendrés, lézards au ventre jaune, tarentes. De Barcaggio, la d 253 dessine la balade marine, direction Tollare. Interminable mais plaisante, la route se hisse à Ersa ; le col de la Serra permet l’accès au moulin Mattei. À dix minutes de marche, l’un des rares moulins à vent de Corse offre un panorama exceptionnel sur les deux versants du doigt de l’île. Une ascension captivante, histoire d’embrasser le paysage et de plonger dans une page de la Corse ingénieuse avec le Cap, vin au quinquina, mélange savant de muscat, décoctions de plantes, macération d’orange. Au sud, Cannelle. Vissé à la colline, le village d’origine romaine surprend par ses ruelles et passages fouettés par le vent. Bientôt Centuri, cité de la langouste. Le port est une jolie carte postale avec ses maisons collées. De bonnes tables font de la pêche locale une farandole de plaisirs comme au “Vieux moulin”. Datant d’au moins 25 siècles, le port reste actif grâce aux pêcheurs déclinant leur passion. Sous Paoli, Centuri était une place forte armée d’un port de guerre et d’un chantier naval. À 5 km au sud par la D 35, Morsiglia. Fondé par les Grecs, “Carmosiglia” souffle la halte au domaine de Pietri où le vigneron ravive la tradition du séchage du muscat sur lauze. À voir, le Palais Fantauzzi, la chapelle Saint-Cyprien, le couvent Saint-François, les tours carrées de Casucciu, Ciocce, Metinu. Et puis, il y a la marine de Scalu. Minuscule, elle permit pourtant au xviie siècle d’importer textile, sel, ustensiles, et d’exporter vin, cédrat, charbon de bois. À 5 km de Pino, la tour de Sénèque. On rejoint alors la côte orientale, à moins de suivre l’ouest par Giottani et Conchiglio, village scellant la frontière du fief des Da mare...

Rogliano, la tourmentée

Terre des marins, le cap Corse conjugue force, douceur et violence. Doigt de Dieu, promontoire sacré, il est un pays à lui seul. Ici, les villages sont bâtis dans des sites escarpés, les hameaux dégringolent jusqu’à la mer et les tours, dressées comme des gardiennes, assurent la protection des lieux. L’un des plus pittoresques villages du cap, Rogliano, s’enracine dans les terres à 5 km au-dessus de Macinaggio. Haut perché, il égrène son chapelet de hameaux, pas moins de sept dispersés dans un univers où châteaux en ruine, tours, églises, tombes et bâtisses imposantes se côtoient. Fief des Da Mare, Génois installés dans le Cap au XIIe siècle, le village a subi durant près de 300 ans le règne de la puissante famille. Rogliano affiche encore son faste de capitale historique du Cap. Son paysage attire vers les ruines du Castellaccio, château maudit. Une connotation attribuée par les villageois le jour où la famille Da Mare, vassale de la sérénissime république de Gênes, trahit sa fidélité en se ralliant à Sampiero Corso, au service de la France. En représailles, Gênes fait raser le château San Colombano... Et à l’instar des autres villages, Rogliano vit le mouvement de population. L’appel du large happe de nombreux Corses, aventuriers au bout du monde, à Porto Ricco, le Venezuela, Saint-Domingue... Beaucoup font fortune, devenus planteurs de café, canne à sucre, enrichis dans les mines d’or ou le commerce de la langouste. En ce Rogliano chargé de témoins de l’attachement à l’île dans l’île, les éoliennes coiffant le site en heurtent plus d’un... Aussi depuis longtemps, la route des vins illumine le village. Au fil des récoltes, le Clos Nicrosi et Gioielli scellent leur réputation jusqu’au bout du monde. Et la route passe par Olivo, territoire de l’olivier, là où Isabelle Orsi tisse à nouveau la vie du Cap oléicole avec son huile délicieusement parfumée. L’oliveraie familiale côtoie la tour aux mâchicoulis de Barbara Da Mare, tour carrée renfermant les secrets de l’histoire... tourmentée, car ici, les tempêtes font la pluie et le beau temps.

Infos Pratiques

PRATIQUE
*Départ : Pino
*Arrivée : Rogliano
*Durée : une demi-journée
*Office de tourisme de Macinaggio
Tél. 04 95 35 40 34

EXTRAIT DU TERRE DE CORSE
HORS SERIE  N°4

 

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