Corte

Citadelle éternelle

Publié le 09/08/2007
© Texte Anna Grazi Photos Robert Palomba

Village

L’ancienne capitale de la Corse indépendante nous projette dans un lacis de ruelles, dédale tortueux glissant en des lieux secrets où pas même le vent ne s’engouffre. Ancienne, la haute ville a conservé ses venelles trouées de voûtes et ses passages pavés de galets. C’est bien ici que bat le cœur de l’histoire : toute la ville raconte romains – aux thermes de Cortanile –, maures, sarrasins et luttes fratricides du Moyen Age. Corte, ville de la mémoire, de traditions culinaires dont les inimitables “fritelle”, beignets au fromage salé, et “falculelle”, gâteaux au brocciu sucrés sur feuille de châtaignier. Corte, ville universitaire, et partout dans le ciel la forteresse, citadelle édifiée au confluent de la Restonica et du Tavignano. Au cœur d’une toile d’araignée de mille sentes, la vigie de pierre. La haute ville, cœur de l’histoire, on la gagne d’une volée d’escaliers ou par le grand chemin de galets “A Riccia”, couronné de la chapelle Sainte-Croix, lieu de départ de la Granitula la Semaine Sainte. En blanc et noir, les pénitents de la confrérie San Teofalu portent le Christ au tombeau, statue du xve clouée à la civière de bois U Catalettu.

CORTE, LA PIEUSE, CORTE, LA RESISTANTE
Au XVIe, Sainte-Croix organisait les élections du Podestat, sorte de conseil municipal et “Padre del commune” veillant notamment au paiement des impôts. En remontant vers l’Annonciation, la maison Biaggini au 19 de la rue Feracci. En 1764, elle accueillit l’imprimerie créée par Pascal Paoli, publiant manifestes officiels, Raguali, gazette diffusée dans l’île, ouvrages de piété, et puis, théâtre de l’histoire, la place Gaffori avec la maison meurtrie par les boulets génois. Les bas-reliefs de la statue signée Aldebert dessinent la bravoure du général, grand ennemi de Gênes, et le courage de sa femme Faustina qui, assiégée dans sa maison, menaça de mettre le feu à un baril de poudre en entendant le mot reddition. Comme Faustina, les cortenaises ont résisté sous l’occupation génoise, refusant de se marier tant que l’île ne serait pas libre, évitant ainsi de donner la vie à des esclaves. Animée par la divine pâtisserie Chez Marie, l’atelier du bois Andrei, la poterie Griffi et le bar de la haute ville, la place de l’église enlace la Loghja, voûte typique, où, à quelques galets, réside l’épicerie la plus célèbre du canton ! En contrebas, le quartier Chjostra à la maison avec tour et linteaux gravés portant des dates du XIIIe... Dans le quartier, outre le talent des potiers Leonelli, l’étrange déesse de la fécondité taillée dans le mur.

ENTRE SARRASINS ET ASSAILLANTS,
LA CITADELLE VEILLE

Maintes fois, la toponymie évoque l’ère sarrasine : plateau et fontaines des Maures, Calanche dont l’origine serait “cala” mot arabe signifiant rocher, Maskari cerné de figuiers de barbarie, de même que l’architecture d’édifices comme la chapelle Santa Mariona à la meurtrière, ou la citadelle, sur son éperon rocheux dans le style de celles édifiées par les Sarrasins gardant la terre conquise... Dans les Calanche, l’ancienne bâtisse Rossi réveille l’ère paoliste avec l’université et le Palais national Palazzo della signoria, siège du gouvernement et résidence de Pascal Paoli avec prisons et cachots secrets. De galets ronds en pierres étirées, l’ascension du belvédère égrène les bâtisses de schiste, et partout crevant le ciel, la citadelle dont le piton était déjà for-tifié au ixe siècle. En 1418, Vincentello d’Istria, vice-roi de Corse, s’en rendit maître, et construisit le nid d’aigle. Otage de seigneurs et assaillants, la place-forte a changé ses bâtiments militaires en prison sous l’occupation italienne, et accueilli la Légion jusqu’en 1981, date de l’ouverture de l’université. Corte jette alors son statut de ville de garnison alloué en 1769 par le comte de Vaux, sacrifie le quartier E Castellacce, et devient ville universitaire. Egrenant ses trous d’eau, la vallée du Tavignano –Lacu da madre, Lac noir, Lac des anguilles jusqu’au Russulinu et A Sega– évoque aussi Ficaghjola, refuge de Cortenais à la seconde guerre. Cernant la ville, les monts pelés étaient verts autrefois, ivres de blé, pois chiches et lentilles avant les écorchures des incendies.

MAGIE DES EAUX DE LA RESTONICA
Corte, cité verte, aidée en 1658 par Gênes qui, afin d’accroître le montant des taxes, impose la plantation d’au moins 6 espèces d’arbres fruitiers ou d’oliviers. Témoin du passé à Grossetti, le couvent Saint-François. Siège de consultes nationales, il accueillit Boswell et les députés venus discuter de la Constitution anglo-saxonne avant d’être une maison pour retraités ecclésiastiques, un petit séminaire et d’abriter l’administration... Majestueuse, la Restonica offre son tourbillon de perles d’eau dans l’univers féerique de la montagne, foulée au pas de course en juillet pour le Raid Interlacs organisé par A Rinascità. Avant le vertige, les bergers, dont le chevrier Petru Biancardini avec sa table “U Stazzu”. Au bas de la vallée toujours, la fabrique fantôme de pâtes fermée après guerre, devenue glacière alimentant les bars de la ville “de l’ours” où, par tradition, chaque famille porte un surnom. En boucle, la Restonica psalmodie la légende du Lac maudit avant de rejoindre le Tavignano et de mourir en mer Tyrrhénienne.

Infos Pratiques


PAS A PAS

Corte la pieuse. Ruiné, perdu dans les ronces, ou visité par les fidèles, le patrimoine religieux évoque l’Annonciation, Sainte-Croix, Santa Mariona, San Pancraziu, Saint Marcel, Sant’Oliverio, San Vitu (après Saint-Pancrace), Saint-Jean, San-Leonardo (chapelle ruinée près du Melo), San Stefanu, San Gavino... Baignée de ce patrimoine, Corte affirme sa dévotion pour son saint, Théophile, né à Corte en 1676 et mort le 19 mai 1740, béatifié en 1896, canonisé en 1930 après que des miracles ont été soumis à Rome. En 1930, un autre saint est inscrit dans les annales de l’Eglise universelle, Corte le prend pour patron. Le 19 mai, la ville rend hommage à Blaise de Signori, apôtre des “ritiri”, couvents de retraite. Autres témoins de la foi, les “Madunnine”, petites chapelles votives abritant des statuettes de la Vierge. Dispersées dans toute la ville, elles placent Corte sous la protection de la Sainte-Vierge, et parmi les merveilles plus ou moins bien conservées, celle du pont de l’Orta, Panate, Ficaghjola, sous la forteresse, San Rimeu, la Madunnina di a Pisatoghja des Lubiacce, San Roccu, Madunnina di a Gheraghja, celle des Scaravaglie à l’entrée de la Restonica…

PRATIQUE
Accès

*De Castiglione, la D 18 en direction du Pont de Castirla, et du col d’Ominanda.

A voir
*La Restonica, royaume des randonneurs, joyau de l’île, porte ouverte sur les lacs du Melo, Goria, Capitello. Paradis, la Restonica est connue pour ses gisements de marbre, l’époque où, des ciseaux à dents, naissaient escaliers, tombeaux et somptueux monuments dont le palais de justice de Bastia.
*Le Musée d’anthropologie. Aménagé dans l’ancienne caserne Serrurier, il doit sa physionomie à l’architecte Bruno, les fonds provenant de la collection Doazan. Parallèlement à la valorisation permanente du patrimoine traditionnel et pastoral, “Le musée en train de se faire”. Dernière grande expo,
“Corse industrielle de 1830 à 1960, mémoire révélée”.
*Musée de la Corse.
*Eglise de l’Annonciation : chef-d’œuvre baroque édifié en 1450 avec ses orgues du XVIIIe, devenue église paroissiale en 1771. De nombreux Cortenais et prêtres y sont enterrés.
*Le clocher triangulaire : autre perle, près du couvent Saint-François, il est doté d’une coupole à quatre angles,
unique en Europe.
*Place du Poilu, ancienne maison Arrighi où sont nés le roi Joseph, frère de Napoléon, et le Duc de Padoue.
*Site Saint-Jean, l’église du IXe, bijou de l’art préroman, jadis annexe de la cathédrale d’Aleria. Sur le site, les ruines du château du comte Ugo Colonna parti en croisade contre les Sarrasins. En juin, l’association “Ochju à Ochju” y organise un saut dans le temps avec musique et danse traditionnelles.
*Foire de la chasse et de la pêche et “Cavall’in festa”,
foire du cheval, en mai.

Dans les environs
*Pont de Piedicorti : visite guidée payante des sites archéologiques.
*Foire du fromage de Venaco, 1er week-end de mai
Tél. 04 95 47 15 19
*Tralonca : chapelle San Lurenzu et Santa Maria Pagliaghji, vestiges archéologiques du village médiéval I Zuccarellli.

ADRESSES UTILES
*Office de tourisme Corte Centre-Corse
Citadelle - Tél. 04 95 46 26 70
*Musée de la Corse - Tél. 04 95 45 25 45

Les bons plans
*Atelier de tissage de Dominique Mariani, rue du professeur Santiaggi - Tél. 04 95 47 05 52
*Fromage fermier “A Pasturella” d’Ida et Cosima Penciolelli
Tél. 04 95 46 10 73
*Fromage de Robert Graziani - Tél. 04 95 48 83 52
*Ferme équestre “L’Albadu” - Tél. 04 95 46 24 55
*Vannerie en myrte, osier, Nathalie Aguettaz à Noceta
Tél. 04 95 44 05 39
*Fromage de chèvre Costa, à Canaglia - Tél. 04 95 47 21 40

Où manger & dormir
*Ferme-auberge “L’Osteria di l’Orta” chambres d’hôtes
Tél. 04 95 61 06 41
*Restaurant “L’Ominanda”, rue Scoliscia - Tél. 04 95 46 05 10
*Restaurant “Le plat d’or” - Tél. 04 95 46 27 16
*Restaurant “Le Pascal Paoli” - Tél. 04 95 46 28 37
*Chambres et table d’hôtes Kyrn Flor, distillerie d’huiles essentielles - Tél. 04 95 61 02 88
*Auberge “U Stazzu”, RN 200 (vers Aleria)
Tél. 04 95 46 31 84
*Ferme-auberge “U Sortipiani” à Pont de Piedicorti (RN 200) - Tél. 04 95 48 81 67

EXTRAIT DU MAGAZINE
THEMATIQUE N°1 TERRE DE CORSE

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