Eygalières

La ramasseuse d’eau

Publié le 25/05/2007
© Texte et photos Nathalie Dallain

Village
Sise à quelque huit kilomètres de Saint-Rémy de Provence, Eygalières est de ces villes qui ne manquent jamais à attirer l’artiste comme le touriste… tant elle est réputée pour la multitude harmonieuse des paysages qu’elle offre du haut de son perchoir rocheux. Parfaite incarnation de la Provence d’antan, elle veille depuis toujours sur les vallons verdoyants où les vignes s’entrecoupent des rangs indolents des cyprès, se mêlent aux oliviers et amandiers, allégories d’une région où longtemps, la vocation agricole figura à elle seule la richesse du pays. La blancheur crayeuse des Alpilles se détache contre l’horizon, inondée de cette lumière toute particulière aux cieux méridionaux, jalonnée, çà et là, de mas repliés sur eux-mêmes pour tenter d’échapper au mistral cinglant. Là-bas, se silhouettent les crêtes de la montagne de Caume où Tartarin de Tarascon s’essaya à l’alpinisme ; plus au nord, ce sont le Comtat Venaissin, et le Mont Ventoux qui darde non sans fierté ses 1909 mètres de hauteur. En contrebas, la Durance s’éloigne en serpentant entre les roseaux… Eygalières est une très, très vieille cité dont le seul nom évoque la fraîche limpidité des eaux de source, des eaux si réputées à l’époque des Romains que ces derniers, lorsqu’ils construisirent un aqueduc pour alimenter la ville d’Arles, la baptisèrent Aquilaria, la ramasseuse d’eau… Au Moyen Age, sur cette colline du Bausset qui circonscrivait alors le village, l’on bâtit un château féodal à l’endroit même où les Romains, raconte-t-on, avaient taillé un puits dans le roc. Un château dont il ne demeure aujourd’hui que quelques ruines éparses…

Un passé taillé dans la pierre

Eygalières a longtemps été réputée dans la région pour sa carrière de belles pierres dures et les meules à blé dont elle avait fait sa spécialité, au point qu’au XIXe siècle, ces dernières étaient exportées jusqu’aux Etats-Unis et en Russie. Les meules, pesant chacune entre 100 et 250 kilos, étaient alors convoyées par charrettes jusqu’à Marseille où elles étaient ensuite expédiées.

Infos Pratiques

PAS A PAS
Depuis la porte d’Auro au nord, et les ruines d’un vieux moulin à vent, jusqu’aux derniers vestiges de
la muraille d’enceinte, le temps semble suspendu. Les rues, étranglées, n’ont rien changé à leur aspect depuis des siècles et des siècles, et les maisons imbriquées les unes dans les autres rappellent cette époque lointaine où le peuple préférait se réfugier dans l’exiguïté du village à l’ombre du château et sous le regard de Dieu, plutôt que de s’éloigner et de prendre le risque de rencontrer le Malin en chemin. Avec le temps, le recul des menaces d’invasion comme celles des épidémies, Eygalières descend peu à peu vers la plaine, laissant derrière elle l’esplanade du Vieux Donjon, la petite église romane dédiée à Saint-Laurent et la chapelle des Pénitents du XVIIe siècle qui abrite désormais le musée du Vieil Eygalières et ses collections d’outils agraires anciens. D’une époque à une autre, l’enjambement est possible ; dans l’entrelacs des ruelles et des impasses serpentines, entre l’hôtel Renaissance de la famille des Bruno-Isnard et tout là-haut, le beffroi bâti avec les pierres du château fort du duc de Guise, il est facile de se perdre dans la flânerie de l’histoire, de se laisser emporter au-delà des vestiges des portes d’antan et des belles demeures du XVIe siècle enchâssées dans des jardins fleuris, jusqu’en 1660, une année ô combien mémorable pour les habitants d’Eygalières. En effet, cette année-là, Henry de Guise, dernier héritier de la maison de Lorraine en Provence, ruiné, est contraint de vendre les terres du village ; les paysans deviennent ainsi, bien avant la Révolution, propriétaires de leurs parcelles…

PRATIQUE
Accès

*Par la route : autoroute A 7, D 99
*Par le train : gare SNCF d’Avignon, 39 km

A voir
*La chapelle Saint-Sixte, l’un des plus beaux joyaux de l’art roman provençal du XIIe siècle. Bâtie au sommet d’un monticule rocheux, à l’ombre des cyprès et des amandiers, elle étonne par son isolement.

Dans les environs
*Le Pas de Figuières, à 247 m d’altitude au cœur des Alpilles.
*Les Calans, l’échine septentrionale des Alpilles.
*La Route de Jean Moulin qui débute à Saint-Andiol, passe par Eygalières, avant de s’achever à Salon-de-Provence. Ce chemin de la liberté symbolise tant le parcours de Jean Moulin après son parachutage en 1942 qu’un haut lieu de résistance.

ADRESSES UTILES
*Mairie - Tél. 04 90 95 91 01

A visiter
*Le Jardin de l’Alchimiste - 13810 Eygalières - Tél. 04 90 90 67 67
Du 1er mai au 1er octobre - Ouvert tous les jours de 10 h à 19 h.

Où manger & dormir

*Le Mas du Pastre, superbe mas familial du XVIIIe siècle situé près du village, vous invite à faire une halte dans le confort moderne de ses chambres entièrement restaurées, à moins que vous ne préfériez le petit air de Bohême de ses roulottes hautes en couleur, installées dans le parc alentour.
Le Mas du Pastre, face à la Chapelle Saint-Sixte
13810 Eygalières.Tél. 04 90 95 92 61

EXTRAIT DU MAGAZINE
TERRE DE PROVENCE N°28

 

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