La Brière

Le silence du grand marais

Publié le 10/04/2007
© Texte et photos Didier Houeix

Carnet de route
Le marais de Brière est un espace rarissime en Bretagne. Sans équivalent, il est considéré et désigné comme le second grand marais de France après la Camargue. Le plus étrange des territoires bretons se visite. Le secret de ses eaux noires intrigue, interpelle. L’envie de voir et de savoir, de percer ce mystère devient alors plus fort que tout.

"Un grand marais sauvage dont on ne voit pas la fin, tout plein de silence des hommes et du chant des oiseaux…” Ainsi Alphonse de Châteaubriant décrivait-il, dans son oeuvre “La Brière” éditée en 1923, celle qu’il contribua à sortir de l’incognito et que l’on nomme “Le pays noir”. En 1972, la télévision s’empare de cet univers entouré d’eau. Les réalisateurs de la série policière “Les cinq dernières minutes” y voient le décor idéal pour une enquête nourrie d’intrigues. Le célèbre inspecteur Bourrel va se heurter à un monde hostile où les habitants vivent isolés du reste du monde... Le voilà donc, ce pays noir. Noir de la couleur de son eau, celle de ses canaux, noir du nom de cet engrais, “le noir”, mélange séché de vase et de curées, qui était fort apprécié des maraîchers de la région nantaise. Enfin, noir de la couleur de sa tourbe, combustible des pauvres et des temps de crise. C’est à la fin de l’été, au plus bas des niveaux d’eau du marais que les familles se rendaient avec leur salais, sur les lieux du tourbage. Cette époque, celle où le Briéron vivait de l’élevage, de la chasse, de la pêche et de la coupe de roseau, est révolue.

C'EST LA LIGNE TELEPHONIQUE
DES BRIERONS
Mais l’eau est toujours là, et avec elle, le symbole de la Brière, le chaland, embarcation traditionnelle qui a survécu au temps au point de devenir le symbole de toute une région. L’eau, c’est le moyen de communication, la ligne téléphonique, qui relie les Briérons entre eux car elle est partout. Avant de vous aventurer, au hasard, dans le dédale des pontons de bois, des levées, des îles et des canaux, faites deux haltes : l’une à la maison du tourisme de Brière, située à la sortie de La Chapelle-des-Marais en direction des deux principales voies d’accès du marais, la D 51 ou la D 50, et l’autre au parc animalier de la maison de l’éclusier, à Rozé. Vous y trouverez un accueil très chaleureux, et tous les conseils possibles pour mieux comprendre ce milieu surprenant. C’est votre première visite… Alors, n’hésitez pas, et embarquez pour une balade dans ces roselières secrètes. Des promeneurs en barque ont obtenu “la marque du parc” pour la qualité de leur commentaire et l’authenticité de leur prestation : la balade est réalisée en chaland et à la pigouille. Rien de plus agréable que de se laisser glisser sur les eaux du marais en écoutant le commentaire passionné de ces guides intarissables. Et des sujets de conversation, ils n’en manquent guère. Leurs souvenirs d’enfance passée dans le marais, la richesse écologique, l’histoire de la batellerie, des tisserands et des chaumiers, leur franc-parler et leur connaissance constituent la meilleure des cartes de visite pour appréhender cette région. Et, le nez en l’air, un vol gracieux de spatules blanches saluera votre passage dans un pays, pas si noir qu’on le prétend.

Le chaland de Brière : tout un symbole

“Avant de commander son lit, le Briéron commandait son chaland.” Cette formule reste d’actualité, pour tout bon Briéron qui se respecte : On en compte encore pas moins d’un bon millier, de ces embarcations repérables sur toute la zone du marais. Le chaland et sa pigouille - la longue perche qui permet de diriger et propulser - ont la peau dure et demeurent le symbole de toute une région. Certes, la plupart des chalands d’aujourd’hui ont conservé leur forme effilée à l’avant, mais ils sont désormais coupés à l’arrière pour y accueillir un moteur. Rares sont les propriétaires de chalands qui se déplacent encore à la voile. Ses dimensions sont liées à son utilisation. Un chaland de petite taille convient parfaitement à la pratique de la chasse : il permet de transporter une personne, de se faufiler silencieusement et sans encombre dans les roselières, et de pénétrer à l’intérieur de la “bosse” de chasse, un affût en roseau. Pour transporter le roseau ou embarquer la famille, ses dimensions vont presque doubler. Le grand frère du chaland, le blin, près de 9 mètres de long, servait au transport du bétail. Enfin, les chalands destinés à la pêche étaient traditionnellement plus larges, pour améliorer la stabilité du bateau et compenser le poids de la pêche et du carrelet, ce grand filet carré fixé sur le côté.

Infos Pratiques


CARNET DE BORD
Accès

*De Rennes : à Redon, traverser la Vilaine et prendre la
D 164, puis la D 773 et la D 126 en direction de Missillac.
De là, rejoindre La Chapelle-des-Marais par la D 2 et la D 50.
*De Vannes : direction Nantes, par la N 165. À La Roche-Bernard, quitter la voie express à hauteur
de La Bretesche, puis empruntez la D 2 vers La Chapelle-des-Marais.

A voir
*Le parc animalier et la maison de l’éclusier
à Saint-Malo-de-Guersac
*Le village de Kerhinet

A faire
*Une balade en chaland

Carte
*IGN 1/25 000 - 1022 ET Saint-Nazaire/Parc Naturel Régional de Brière - 1023 OT La Baule/Parc Naturel Régional de Brière
1022 OT La Roche-Bernard/Parc Naturel Régional de Brière

ADRESSES UTILES
* Office de tourisme de La Chapelle-des-Marais
Tél. 02 40 66 85 01
www.chapelledesmarais.com
www.parc-naturel-briere.fr
www.saint-lyphard.com
www.herbignac.com

EXTRAIT DU MAGAZINE
TERRE DE BRETAGNE HORS SERIE N°3

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