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La presqu’île de Guérande

Fière de sel…

Publié le 15/04/2008
© Texte et photos Lara Brutinot

Carnet de route
Derrière La Baule, vitrine touristique internationale, brille un autre feu, qui lui-même ouvre la porte à d’autres trésors moins connus : Guérande et ses marais salants, trait d’union entre la terre et la mer.

En devenant paludier, je suis retourné à la terre, en quelque sorte, mais… au bord de la mer !”. Gilles Dessomme lâche ses mots dans un sourire immense, radieux. Après avoir navigué entre la recherche en biologie, l’ornithologie et l’animation scientifique, de la Bretagne au bassin d’Arcachon en passant par Arles et ses environs, Gilles a dû se rendre à l’évidence : pour conjuguer ses passions et exercer un métier en accord avec ses convictions, il lui faut poser son sac ici, à Guérande, et suivre la formation. Devenir un artisan du sel, dans cette démarche de respect de la nature et de ses rythmes profonds, en perpétuant une tradition vivante et militante, riche de sens. “Maintenant, l’ornithologie, je la pratique autrement… Je n’ai plus les jumelles autour du cou, mais en travaillant sur ma saline je lève la tête et c’est un ballet permanent : l’hiver les bernaches, les limicoles, au printemps le retour des avocettes, des échasses…”. Car on pourrait penser que les paludiers ne travaillent que l’été, bien sûr, qu’une fois le sel rentré, ils n’ont plus qu’à s’asseoir dans leur canapé et hiberner confortablement, en attendant la saison chaude. Mais il n’en est rien : le succès de la récolte d’été dépend de la préparation de l’année – pas le temps de chômer !
Une récolte minutieuse
En fait, le sel cristallise dans les derniers bassins du circuit de chauffe de l’eau salée, et c’est ce long et savant cheminement, d’un bassin à un autre, de moins en moins profond, qui donne la texture et la richesse, la finesse, de ce sel-là, encore plus qu’un autre. Il se gorge de sels minéraux, se nourrit de l’argile et des effluves de plantes voisines, les salicornes poussent au rebord des “fares”, des “adernes”, derniers bassins avant les “œillets”. Sur ces derniers, on pousse et on tire le “las”, outil précieux qui sert à récolter le gros sel, fait de bois ou de fibres de carbone, plus léger. On le remonte sur la “ladure”, en bordure et on le laisse s’égoutter. Puis on le “roule” jusqu’au pied du talus, dans la brouette, en prenant garde à ne pas vaciller sur les “ponts” – étroits chemins d’argile délimitant les bassins. Là, la récolte de la veille rejoint les autres et forme cet impressionnant “mulon” – montagne de sel étincelant à la lumière et au vent. La fleur de sel, elle, est récoltée en fin de journée, au soleil couchant, à l’aide d’un autre outil appelée une “lousse”. On effleure la surface de l’eau, juste en-dessous de cette sorte de crème pailletée, et on ramène vers soi la poudre d’or, délicatement. C’est un travail qui était traditionnellement effectué par les femmes et les enfants adolescents, car moins pénible, physiquement, que la prise du gros sel. Les paludiers demandent aujourd’hui parfois à des étudiants, ou à des stagiaires en formation, de les aider. Mais d’autres, qui viennent tout juste de s’installer et n’ont pas de trésorerie d’avance, doivent faire tout eux-mêmes, et on les voit finir la saison heureux, oui, mais les traits tirés, le corps meurtri… Fier – car il y a une fierté à continuer ce métier ancien et vénéré, exemple vivant d’une activité humaine en adéquation avec la nature, viable économiquement sans sacrifier à l’écologie, à l’environnement – fier, mais fourbu !

Guérande, ville-phare des marais salants est devenue le symbole d’un marché qui fait vivre toute une partie de la population locale. Sa renommée s’étend dans le monde entier.
Toutes ailes dehors
Les marais salants sont une des zones européennes les plus importantes pour la reproduction des oiseaux d’eau et autres espèces remarquables : l’avocette élégante, l’échasse blanche, la sterne pierregarin, la spatule blanche et le busard des roseaux, en sont quelques silhouettes familières. La gorge-bleue à miroir, elle, est une sous-espèce rarissime et précieuse, que l’on ne peut trouver qu’ici, à Guérande : son chant, au printemps, est une pure merveille – avec l’été elle se cache pour élever ses portées, alors n’attendez pas trop !! Vanessa Saez, de la Ligue pour la protection des oiseaux, organise des sorties ornithologiques à la découverte de toutes ces bêtes à plumes, fascinantes créatures d’air et d’eau – à l’aube ou en fin d’après-midi, de mai à septembre, et dans la journée d’octobre à décembre. Et si la rencontre avec les oiseaux des marais vous a séduit, vous pourrez partir vers les grandes vasières de l’estuaire de la Loire, vers Saint-Nazaire, au moment des migrations… Ou bien encore en mer, en septembre, vers Houat et Hoëdic. Ou encore dans le bassin salicole voisin de Mesquer. Autant de sites magiques, superbes, où la nature palpite à foison…

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TERRE DE BRETAGNE Hors Série N°4

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