L’Aber Wrac’h

Une fenêtre ouverte sur le Sud-Ouest

Publié le 28/03/2007
© Texte et Photos Didier Houeix

Carnet de route

Prenez une carte de la Bretagne toute simple, au 200 000e, et pointez votre regard vers le nord-ouest, par 4°30’ et 48°30’. Vous y êtes : c’est le pays des abers. Et dans ce pays où les rivières prennent des allures de fjords, voici l’Aber Wrac’h, porte d’entrée de “La Côte des légendes”.

Aber… Les bretonnants traduisent par embouchure, ce bras de mer qui vient s’éteindre dans les terres. Au Diouris, l’aber Wrac’h, cher aux plaisanciers anglais, n’échappe pas à cette règle. La rivière l’Ac’h, qui se jette dans l’aber, lui aurait donné son nom. Or, le Diable se dit Crac’h en breton et sorcière, grac’h. Allons bon ! L’aber de l’Ac’h, de la sorcière ou du Diable ? Le mystère demeure un brin inexpliqué. Mais ne sommes-nous pas au pays des légendes ? Ainsi, l’existence du Diable est mêlée à celle du gué de Prat Pol. Le meunier du village, las de faire le tour pour livrer sa farine sur la rive opposée, pactisa avec Lucifer qui lui édifia un pont – visible à marée basse – contre la vie du premier être vivant à le traverser. Ce fut un chat noir. La géographie des abers regorge d’empreintes, pierres levées, menhirs, cairns, qui attestent l’existence de peuples venus sans doute de contrées celtiques. Ces apparitions solliciteront votre imagination, comme pour Iliz Coz, “la vieille église” enfouie sous le sable de la grève Saint-Michel au xviiie siècle. On raconte que lors de la dernière messe, les paroissiens et leur recteur s’évadèrent par le toit. Mis à ciel ouvert par un coup de pelleteuse, l’église, le presbytère, l’enclos et des dalles funéraires gravées de symboles (chevaliers, écuyers, tisserands, marchands) sont désormais défendus par des palissades.

DES JOYAUX TRES PROTEGES
Barrée par un chapelet de roches et d’îlots, l’entrée de l’aber est une menace pour les marins qui doublent les tourelles du Grand et du Petit Pot de Beurre : naviguer au milieu des écueils demande de l’expérience. Pour éviter de trouer ou d’écorcher sa coque, bref, de talonner, il faut connaître la route des hauts-fonds balisée de tourelles, d’amers et d’un phare, celui de l’île Vierge, pointant sa tour vers le ciel. Cette route est empruntée dès le printemps par les goémoniers, moissonneurs de la mer. Un coup de skoubidou à l’envers, un à l’endroit et le bouquet de laminaires arraché de la prairie marine est déposé dans la cale du bateau. Le “bijin” finira conditionné en gélifiant. Cette côte agit de tous ses charmes, telle la poésie des chansons de Denez Abernot, fils du pays. Débutez votre itinéraire au village du Menez Ham, un trésor de surprises vous attend. Chut ! Au port de l’Aber Wrac’h, à Plouguerneau et Lannilis, poussez la porte des bistrots : vous y entendrez parler de mer et de bateaux. À l’ouest, la presqu’île Sainte-Marguerite se pare de plages superbes. Elles magnétisent le regard des enfants qui se baignent dans une eau d’un bleu inhabituel. Sur un territoire de 72 hectares, propriété du Conservatoire du littoral, les dunes de Brouennou, plus au sud, et de Tevenn Santez Vac’harid sont des joyaux très protégés. Les lumières qui se posent à la tombée du jour sont de toute beauté. En face, l’île Cézon défend de la brise venue du nord, celle que l’on nomme la baie des Anges. Quel programme !

Le phare de l’île Vierge

Il existe trois catégories de phares. Les phares de grand atterrissage balisent en pleine mer un virage de navigation. Les phares d’atterrissage marquent le tracé d’une route fréquentée et les phares d’entrée de port. Les gardiens de phare ont leur propre classification qui se divise aussi en trois genres : le Paradis, phares sur la terre ferme, le Purgatoire, phares en mer proche de la côte, et l’Enfer, celui des phares de pleine mer. Le phare de l’île Vierge est donc un purgatoire de 84,50 mètres de hauteur (au niveau de la mer). Sa lanterne porte à 27 milles nautiques et balaie la nuit de son éclat blanc toutes les 5 secondes : un grand totem de granit bâti pour sauver des vies. Le 1er mars 1902, le premier gardien montait dans la tour pour allumer la lampe du phare le plus haut d’Europe. Depuis, des sportifs se sont amusés à le gravir et le descendre pour battre un hypothétique record : 1’52’’ les 397 marches. Qui dit mieux ? Il servit de décor dans une série TV. L’actrice Maria Schneider interprétait le rôle d’une journaliste, hébergée dans le phare lors d’une tempête. Une fiction, inspirée du naufrage de l’Amoco-Cadiz. Sa visite est facile à organiser au départ de la cale de Lilia. une sortie passionnante pour toute la famille.

Infos Pratiques


CARNET DE BORD
Accès

*De Rennes : quittez la voie express N 12 à hauteur de Landerneau, et direction Lesneven. Prendre la D28 jusqu’à Lannilis.
*De Brest : prendre Gouesnou, puis la D 13 en direction de Port-Blanc et Lannilis.

A voir
*L’écomusée des goémoniers à Plouguerneau
*La nécropole d’Iliz Coz
*Le phare de l’île Vierge

Carte
*IGN 1/25 000 - 0416 ET Plouguerneau/Les Abers

ADRESSES UTILES
Office de tourisme des Abers, Lannilis
Tél. 02 98 04 05 43
www.abers-tourisme.com
www.plouguerneau.fr

EXTRAIT DU MAGAZINE
TERRE DE BRETAGNE HORS SERIE N°3

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