Sartène

La passionnée

Publié le 07/04/2007
© Texte Anna Grazi Photos Robert Palomba

Village

La passion Sartène se mérite. Avec le temps, elle livre alors des bribes de sa tourmente, son histoire extraordinairement riche, habitée de soubresauts, d’heures de résistance et de bravoure. Belle dans sa robe de granite, Sartène, qui doit son nom au lieu-dit Sartino ou peut-être aux cousins sardes, est perchée sur son rocher du Pitraghju, quartier où, de l’ancienne tour féodale et maison accrochée au rocher, naissait la cité. Au milieu du XVIe, Gênes instaure une petite administration, une pieve organisée autour d’une douzaine de villages et hameaux dont Casa Corbulaccia. Sartène se construit, s’étend grâce aux populations du littoral et des vallées, victimes des incursions. Et dans la tourmente continue où certaines localités comme Araciani ou Tiseni sont anéanties, Sartène additionne ses victimes, sacrifiées par les razzias et les guerres contre l’occupant ou ses alliés, comme Ortolu rasée en 1503 par Rinuccio della Rocca pour s’être ralliée à Gênes. Des malheurs, Sartène en a vécus. Claquant comme les vagues sur les roches de Roccapina, 1545 et 1583, années noires du débarquement d’une horde de galères d’Hassan Veneziano, capturant 500 personnes. Quelques années auparavant, 130 Sartenais étaient enlevés par le corsaire Dragut. De bourrasques sauvages en tempêtes mortelles, Sartène se fortifie, s’entoure de murailles et mâchicoulis. La cité s’enveloppe dans une armure de pierre, ne compte que sur elle-même... Sartène la passionnée, active dans la résistance se divise en castes, affichant à la fin du xviiie bien plus de familles nobles que roturières. Une situation sculptant architecture et mentalités avec d’un côté, les aristocrates, et de l’autre, bergers, paysans, métayers et pêcheurs. Jusqu’au milieu du XIXe, les “Sgio” emploient une centaine de domestiques, une cinquantaine de bergers, 500 cultivateurs. Avec l’élevage, la vente de céréales demeure la source de richesse des grands propriétaires fonciers ; le blé alimente le trafic maritime avec Ajaccio, Capraia et Naples. Jusqu’à la moitié du XXe, les “Sgio” règnent sur une partie de la population, jouant de leur paternalisme pour exiger respect et fidélité... Dans les ruelles pavées de la vieille ville, l’entrelacs de venelles obscures de la rue des Voûtes, le passage de Bradi, la rue des Frères Bartoli, l’impasse Carababa, Monticuccu, Sartène apparaît plus belle que jamais entre ombre et lumière. Dans ce cœur se sont tissées haines, vendettas et guerres de clans dont la plus célèbre est celle ayant opposé le quartier Sainte-Anne, royaliste, à celui du Borgo, bonapartiste... jusqu’à la signature du traité de paix officialisé en l’église Sainte-Marie.

LA PLACE PORTA, CONCENTRE D’HISTOIRE
Et comme toujours à Sartène, tout se joue place Porta. L’on y évoque encore les diamants du Tasmania, l’ère du bandit Barrittonu, la maison hantée de la N 196, le serpent apparu dans un vignoble de la plaine, la cité morte à Tizza, la dernière exposition à la galerie Pitraghju, le carnaval d’avril ou les défilés du début du XXe rivalisant avec les premiers matchs de football sur cette même place... Lieu de vie, on y fait et défait l’actualité, politique surtout, on y colporte les bonnes et mauvaises nouvelles dans la langue maternelle, richement illustrée par des poètes comme Ghjuvan Paleddu Coddaccioni, Ghjuvan Giovanni dit Racchettu, qui a immortalisé son lointain exil en Tunisie par “U Pinu tunisianu”. Puisqu’il est évoqué, le chant honore à nouveau la ville avec le “Chœur d’hommes de Sartène”. Exaltant la religion, les chants inspirés de la liturgie restituent le patrimoine oublié et une foi à laquelle les Sartenais sont très liés. Illustration de cette foi, le “Catenacciu”, chemin de croix du vendredi saint, reliant les hommes au pénitent rouge, tels les maillons d’une chaîne longue et invisible.

Infos Pratiques


PAS A PAS

Sur la route des menhirs. Plus de 300 monuments pré et protohistoriques participent à la richesse archéologique de Sartène. Parmi les sites, Cauria que l’on découvre de Sartène, direction Bonifacio. Après 2 km et le hameau de Bocca Albitrina, aller à droite sur la D 48 vers Tizzano. Après 7 km, aller à gauche, rouler 4 km et suivre le chemin de terre indiquant “Dolmens et menhirs”. Datant de l’âge du bronze, le site dévoile un alignement de “stantari”, pierres dressées, Rinaghju et le dolmen de Funtanaccia. Appelé “forge du diable”, le lieu est composé de sept dalles formant une sépulture collective.
- Alo Bisughje : le site mégalithique du nom de l’ancienne pieve est un monument fortifié de l’âge du bronze, ayant occupé une position stratégique contrôlant l’accès à l’extrémité nord-est de la vallée. On y accède par la D 48, direction Tizzano, puis par la D 21 vers Grossa.
- “U frate è a sora” : à 9 km de Sartène, sur la N 196, entre la route et le Rizzanese, figures pétrifiées d’une religieuse et d’un moine qui l’aurait séduite et enlevée.
- Castello di Cuntorba : citadelle édifiée il y a 3300 ans, dotée d’un chemin de ronde et d’une tour centrale. On y accède depuis Propriano par la D 157 avant Olmeto.
- Menhir de Vaccil-Vecchiu : haut de plus de 3 m, découvert dans les vignes.
- Pagliaghju : 258 monolithes plantés sur sept rangées, les “filirati”, forment le plus important alignement de menhirs de Méditerranée. Egalement appelé “cimetière des Turcs”, le site est accessible par la D 48, 4 km avant Tizzano.
- Les gravures rupestres Marato à Sartène, découvertes il y a une trentaine d’années, révélées par des traits rectilignes et rainures composant une sorte de quadrillage.
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Sur le sentier du littoral de Campomoro à Tizzano, balade de 7 heures. Sentiers du Parc Naturel Régional “Mare a mare sud”, Propriano-Porticcio, 5 jours.

PRATIQUE
Accès

*De Quasquara, N 196 direction Petreto-Bicchisano, col de Celaccia, d’où l’on peut aller à Filitosa par la D 302. Olmeto, Propriano, par la N 196.

A voir
*La tour de Campomoro. Edifiée en 1585 sur ordre de Gênes, sa réalisation a été confiée à l’officier génois Carlo Spinola, qui s’est illustré dans la guerre contre Sampiero Corso. Responsable du plus important chantier de l’époque, le Napolitain Cattaneo. Le Conservatoire du littoral a réalisé un réseau de sentiers alentour.
*Tour génoise de Senetosa. De Tizzano, une piste longe le bord de mer jusqu’à Barcaju, file à Cala Longa et Cala di Tivella. Le sentier rejoint le phare de Senetosa et la tour.
*Musée de la Préhistoire. Collections préhistoriques illustrant le quotidien des civilisations du VIIe s. avant JC jusqu’au début de l’ère chrétienne. Installé quartier Borgu, il regroupe les plus grandes collections préhistoriques insulaires. Dans ses réserves, 250 000 objets... A vocation régionale, il reçoit le matériel mis à jour par les chercheurs insulaires.
*Roccapina. Avec 50 km de côtes sauvages de Campomoro à la pointe de Roccapina, Sartène compte de belles plages (Plage d’argent, Tradicettu, Erbaghju, Barcaghju) et de somptueuses sculptures de roc taillées par l’érosion, l’éléphant et le lion. Sur sa crinière, les ruines du château édifié au XIVe par le comte Arrigo della Rocca. C’est au large de Roccapina, sur les écueils des Moines que s’échoua, en 1887, le Tasmania, navire de la “Peninsular and oriental Line” en provenance de Bombay, avec à bord des perles précieuses offertes par les rajahs à la reine. Même si elles ont été recueillies, certains pensent encore au trésor.
*Boutique d’antiquités Simon Giacomini, caverne à nulle autre pareille.
*Galerie de peinture et sculpture de Joseph Nicolai “Pitraghju”.
*Eglise Sainte-Marie, près de la mairie. Jadis, le rez-de-chaussée accueillait les prisons. Elle était à l’origine l’oratoire Sainte-Marie-des-Grâces, remplacé au XVIIe par une autre église qui s’écroula suite à des malfaçons, avant la construction de celle que nous connaissons.
*Parc animalier Olva, ferme découverte et sentier botanique, entre Sartène et Propriano, route de Levie -
Tél. 06 11 75 29 64
*Savonnerie traditionnelle “A Miluccia”, dans la vieille ville.
*Tizzano, ses pêcheurs et bonnes tables.
*Ferme équestre “Croccano”, route de Granace
Tél. 04 95 77 11 37

Dans les environs
*Fozzano. C’est près du village, à Serra di Ziravu, que Gênes fait assassiner le comte Rinuccio della Rocca, raye de la carte l’Etat de la Rocca, déporte sa population. Fozzano, village de Colomba, l’héroïne de Prosper Mérimée. On peut voir le tombeau de celle qui inspira le roman et la vendetta fort complexe en réalité. Aussi, lorsque Mérimée rencontre son héroïne à Fozzano en 1839, la belle a 64 ans. On dit que le roman aurait rallumé une vieille vendetta sartenaise. A faire, le circuit patrimonial et historique. Tél. 04 95 77 08 47
*Santa-Maria Figaniella (D 19 depuis Fozzano), église Santa Maria Assunta, chef-d’œuvre de l’art roman du XIIe.
*Station thermale de Baracci.
*Ferme-auberge “Olmella” - A la sortie du village d’Olmeto.
Tél. 04 95 74 64 30

ADRESSES UTILES
*Office de tourisme de Sartène, rue Borgo
Tél. 04 95 77 15 40
*Station touristique de Sartène, cours Amélie
Tél. 04 95 73 45 11
*Association Nature et sentiers du sartenais, randonnées
Tél. 04 95 77 18 21
*Station thermale de Baracci, plaine d’Olmeto
Tél. 04 95 76 08 02
*Musée Départemental de Préhistoire, rue Croce
Tél. 04 95 77 01 09

Les bons plans
*Domaine de Murtoli, gîte et réserve de chasse de la vallée de l’Ortolu - Tél. 04 95 71 69 24
*Miel de Georges Preziosi, vers Tradicettu
Tél. 04 95 77 19 68
*Fromage de Yves Sorba, pont Spina-Cavaddu
Tél. 04 95 77 12 84
*“Bergeries de Monaca”, fromage, huile et gîte de Jean Simon Mondoloni, route de Baracci - Tél. 06 09 98 14 78
*Pont Arena Bianca (Rizzanese) : fromage de Paulette Tramoni
Tél. 04 95 76 06 83
*Arbellara : fromage et produits bio de Natacha Genety et Stéphane Rotily Forcioli - Tél. 04 95 73 46 79
*Vin du Domaine Saparale - Tél. 04 95 77 15 13
*Pipier Jeff Nicollier, à Fozzano - Tél. 04 95 73 47 57
*Boutique de produits corses “Bocca fina”, à Propriano
Tél. 04 95 76 28 10

Où manger & dormir
*Hôtel Villa Piana - Tél. 04 95 77 07 04
*Ferme-auberge “A Tinedda” - Tél. 04 95 77 09 31
*Restaurant “Santa Barbara” - Tél. 04 95 77 09 06
*Bar Palladium - Restaurant “U Mariulinu” - Tél. 04 95 77 22 83
*Auberge “U Sirenu”, hameau d’Orasi - Tél. 04 95 77 21 85
*Domaine San Armettu vin AOC et gîte - Tél. 04 95 76 05 18
*A Propriano :
- Restaurant “Terra Cotta”- Tél. 04 95. 74 23 80
- Restaurant “Le Riva Bella” - Tél. 04 95 76 30 58

EXTRAIT DU MAGAZINE
THEMATIQUE N°1 TERRE DE CORSE

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