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TERRE D'ALGÉRIE, Alger d'antan

Extrait de L'Algérie d'Antan, HC Éditions

Publié le 06/07/2009
© Textes Philippe Lamarque, Cartes postales Olivier Bouze


Au début du XXe siècle, la capitale de l’Algérie, résidence du gouverneur général et des chefs de services civils et militaires, compte pour l’ensemble du département une population de 1 400 000 indigènes (statut aboli en 1929), 17 000 Juifs naturalisés (en vertu du décret Crémieux), 71 000 étrangers en cours d’assimilation ou de naturalisation (accélérée en 1914 par le recrutement militaire), 152 000 Français au titre du code civil. Ville d’hivernage à la température très douce, il y règne un climat agréable en hiver, le thermomètre descendant rarement sous 0 °C, avec une moyenne de 12,2 °C le mois le plus froid. Pour comprendre l’urbanisme, il faut se rendre compte que le tracé a été entravé par les fortifications militaires tout d’abord, puis par une bande de terre étroite dominée par la chaîne de hautes collines aux coteaux escarpés. La ville turque dessinait un triangle dont le sommet était à la Casbah, avec une face donnant sur le front de mer encombré de rochers de schiste, que le boulevard de la République a arasé. Les deux autres côtés sont encore marqués par les boulevards Valée et Gambetta, dotés de larges escaliers, le premier aboutissant à la mosquée Sidi Abdel Rahman, derrière le lycée, le second au marché de la Lyre, derrière le théâtre. Dans les décennies qui suivirent la conquête, le caractère turc de la ville s’estompa, mais sans plan d’ensemble, seulement dicté par les intérêts du jour et les spéculations. La ville a stagné un temps dans l’espace dessiné par les remparts français de 1845, puis a débordé vers les faubourgs de Mustapha, Bab-el-Oued et Saint-Eugène. En 1900, les remparts ayant été rasés, remplacés par une grille et un boulevard militaire assez large pour permettre un rapide déplacement de troupes en ordre de bataille, la ville s’est développée sans contrainte sur plus de 16 km de la Pointe-Pescade à Hussein-Dey. Avant la Grande Guerre, la continuité urbaine touchait Maison-Carrée. Le centre de gravité de la ville s’est déplacé vers le Champ-de-Manœuvre d’où rayonnent des lignes de tramway, moyen de transport peu coûteux et rapide qui a remplacé les pittoresques corricolos attelés. Seules les diligences ont continué à circuler dans le bled.
Une algarade ayant opposé le dey Hussein au consul de France Deval pour une obscure créance de blé remontant au Directoire, la France trouva un casus belli pour l’outrage à son diplomate frappé d’un coup d’éventail. La réalité est moins spectaculaire et poétique : les Livournais s’étaient rendu compte de l’immobilisation de leurs capitaux et avaient l’intention de le faire fructifier en France avec l’appui de la Caisse des dépôts et consignations. Il suffisait d’une opération militaire pour opérer le transfert de fonds dans un pays plus prometteur, en pleine Révolution industrielle et capitaliste. L’amiral Duperré mena la flotte et appuya de ses feux le débarquement de Sidi-Ferruch le 14 juin 1830 et le bombardement de la ville début juillet. Après un duel d’artillerie et l’explosion de la Sainte-Barbe (poudrière) du Fort-L’Empereur, les Français s’en emparèrent le 4 juillet. Menacé par des tirs plongeants, Hussein comprit que sa posture était sans espoir et préféra capituler à condition de pouvoir se retirer en Turquie avec sa famille. L’armée française entra en vainqueur par la Porte Neuve, réalisant les anciennes prédictions d’après lesquelles la ville tomberait entre les mains de guerriers vêtus de rouge. Cette fois, le dey n’avait pas pu faire intervenir cinq sorciers pour provoquer une tempête, comme se plaisait à le prétendre une rumeur populaire depuis l’expédition de Charles Quint….

La ville haute et la Casbah

Au début du XXe siècle, la Casbah, cette ancienne citadelle, servait de caserne. Elle remplace une forteresse plus ancienne, le château fort berbère de Selim-et-Teumi. Les Turcs reconstruisirent l’ensemble pour dominer la ville en 1516. L’avant-dernier dey d’Alger, Ali Khodja, s’y replia pour échapper aux intrigues de palais dont ses prédécesseurs étaient morts dans leur résidence urbaine. En quittant la Djenina, il transporta aussi le trésor public et recruta un corps de garde composé de 2 000 Kabyles. Ceux-ci massacrèrent les janissaires qui tentèrent de se soulever. Son successeur Hussein dey y commit le geste fatal du coup d’éventail. Comme en témoigne Grammont : “ Le 30 avril 1827, le consul de France, Monsieur Deval, s’était rendu à la Casbah pour offrir, selon l’usage, ses hommages au dey, à l’occasion des fêtes qui suivent le jeûne du ramadan.
Tous ceux qui connaissent le monde musulman savent que cette époque amène invariablement un renouveau de fanatisme. Hussein était de fort méchante humeur, et reçut de très mauvaise grâce les compliments du consul. Les deux interlocuteurs se parlaient en turc, sans l’intermédiaire du drogman (interprète) ; le dialogue devint assez animé, et, à la suite d’une riposte un peu vive du consul, Hussein le poussa avec l’extrémité du chasse-mouches qu’il tenait à la main et le menaça de la prison.” On pénètre dans la première cour ornée d’une fontaine de marbre ; une mosquée désaffectée sert de magasin d’habillement militaire. Une porte donne accès à une seconde cour bordée d’arcades à l’étage de laquelle se trouve le pavillon du coup d’éventail. Entre la Casbah et la route d’El-Biar se trouve le quartier des Tagarins, nom des Maures expulsés d’Espagne. Au milieu se trouve la caserne des zouaves, ornée d’eucalyptus. Elle domine la rampe Rovigo.

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TERRE D'ALGÉRIE - Thématique n°10



Au sommaire

- L'Algérie d'Antan - Alger, Oran, Constantine...
- L'Algérie vue du ciel par Yann Arthus-Bertrand
- Oran, la ville aux deux lions
- Alger raconté par le petit Akram
- Mémoires du Sahara, contes Berbère et Touaregs
- Sahara mode d'emploi
- Recettes de cuisine algérienne

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