Vico

Spirituelle et culturelle

Publié le 07/04/2007
© Texte Anna Grazi Photos Robert Palomba

Village

Dominé par la Spusata, Vico s’étire en vallée du Liamone. Avec un millier d’habitants, la capitale des Deux-Sorru est un gros bourg, ancien district étendu sous la Révolution, de l’embouchure du Liamone à la Scala di Santa Regina. Un royaume. Fortifiée jusqu’au XVIIe, Vico s’est protégée des barbaresques. Aujourd’hui encore, l’allure de ville-forteresse est frappante à travers l’architecture du village maintes fois pillé, torturé, avec sa population, déportée sur les marchés aux esclaves. Après cent incursions et mille épreuves, le roi d’Alger Hassan Veneziano tente une nouvelle attaque en 1583, repoussée par la défense des vaillants “torregiani” gardant la tour de Sagone fraîchement édifiée... Vico se construit, se développe, gonflée par les rescapés du littoral, de la malaria et ceux des guerres féodales, notamment la famille Leca, ennemie jurée des Gênois. La guerre entre féodaux et Gênes s’intensifie lorsqu’en 1459, le gouverneur Spinola fait égorger une vingtaine de membres de la famille faisant subir aux corps mutilés les pires outrages. Le long des ruelles étroites cernées de hautes maisons-forteresses, autour de l’ancienne enceinte, au cœur du village, dotée jadis d’un donjon, Vico évoque en boucle les soubresauts d’une histoire à la paix trop fragile. Vico, au cœur de la guerre contre Gênes. Après le nouveau massacre des Leca en 1489 à Foce d’Orto, la haine pour les Génois n’épargne même pas les marchands installés à Vico. En 1572, le pape Grégoire XIII transfère l’Evêché de Sagone à Vico, l’église Sainte-Marie remplace la cathédrale de Sagone, transformant ainsi le village martyr en bourg de la spiritualité. Encore aujourd’hui, la vie spirituelle est intense au couvent. Situé à 1 km à l’est du village dans l’épaisse châtaigneraie, il a été fondé en 1481 par les frères mendiants de l’ordre de Saint- François et financé par le comte Gian Paolo de Leca, maître de Cinarca. Très pieux, et en remerciement à la population l’ayant caché alors qu’il était recherché par les Génois, il entreprit le financement du couvent, léguant quelques biens ; il fit même recouvrir d’ardoises le toit de l’église Santa- Maria. Abandonné fin xviiie, le couvent fut restauré et confié aux Oblats de Marie.

QUELQUES HOTES DE MARQUE
Dans son écrin apaisé, Vico souffle encore les pas et promenades de certains hôtes dont Pauline Bonaparte ou la romancière Marie Susini ayant choisi Vico comme repos éternel. L’insulaire a laissé de belles œuvres dont l’ultime, “La renfermée, la Corse”. C’est aussi des Deux-Sorru que sont originaires les précurseurs de la presse d’expression corse, Santu Casanova, Petru Rocca, Xavier Poli, Paul Arrighi, pères fondateurs ayant initié une démarche en 1895 avec le bimensuel “A Tramuntana”. Avec le menhir d’Appriciani, stèle anthropomorphe retrouvée en amont de Sagone marquant une tombe ou lieu de passage, Vico évoque l’ère des mégalithes. Du col Saint-Antoine où il a été installé, le menhir serait, selon l’histoire locale, une bergère transformée ainsi par sa mère, excédée par son attitude...

Infos Pratiques


PAS A PAS

Lac de Creno. Appelé lac de Satan, la légende raconte que le diable y avait sa cachette depuis que les habitants de Soccia décidèrent de le chasser du Liamone. En donnant un grand coup de marteau, le malin creusa une excavation qui se remplit d’eau et dans laquelle il se réfugia. Au pied du Sant’Eliseu, on assure aujourd’hui que les mauvais esprits se sont envolés... A la sortie de Vico, suivre la D 23 vers Murzo et Guagno et après les thermes, la D 123 vers Soccia. Au village, aller à droite vers la croix, le sentier grimpe à travers châtaigniers, maquis, fougères et bois de pins. On arrive à la bergerie de l’Arate, pénètre dans la forêt, traverse un passage rocheux, une petite source. Ce n’est qu’au dernier moment que se dévoile le lac dans son amphithéâtre verdoyant. L’on peut aussi emprunter le chemin et gagner la chapelle Sant’Eliseu à 1511 m. Le lac, peu profond, et le moins haut de Corse, est connu pour son tapis vert et rose de Droseas. Il faut deux heures pour gagner, à 1310 m, la perle sertie dans sa couronne de pins laricia.

PRATIQUE
Accès

*De Piana, D 81 vers Cargèse. A Sagone, D 70 et col Saint-Antoine.

A voir
*Le Christ en bois du couvent Saint-François. Réputé comme le plus ancien de l’île, il date de 1481. Le couvent se visite depuis la D 1.
*Dans l’église conventuelle du XVIIe, le tabernacle en marbre polychrome du maître-autel, le mobilier de la sacristie et les fresques. Sous le pavé de l’église, de nombreux Vicolais ont leur dernière demeure. Outre les retraites, le couvent est théâtre d’animations culturelles.
*Le festival d’été “Sorru in musica” à ne pas manquer.
Entre musique classique, polyphonique, sonate et concerto,
il se joue sur plus d’une semaine dans une dizaine
de villages du Liamone.

Dans les environs
*Letia : centre équestre des Deux-Sorru, à 8 km de Vico.
Tél. 04 95 26 69 94 - 06 13 52 96 48
*Lopigna (de Vico, la D1, Arbori, puis la D 15). Ancien royaume du bandit Spada, surnommé “Le tigre de Cinarca”. Tout au long de sa vie, il reçoit la presse dans son palais vert, se laisse filmer en 1931 par le Pathé Journal, se présente comme le dernier bandit d’honneur et de vengeance. Il est guillotiné en 1935 à Bastia. C’est à Lopigna, en juillet, qu’ont lieu “I Scontri”, “Journées du savoir-faire”. Egalement au village, l’atelier du peintre Paul Mariani.

ADRESSES UTILES
*Festival d’été “Sorru in musica”
Informations - Tél. 04 95 26 83 83

Les bons plans
*Charcuterie Corrieri à Arbori - Tél. 04 95 26 64 30
*Atelier de Serge Martelloni, peinture sur tissus,
déco en bois flotté
Lopigna, place de la Mairie - Tél. 04 95 28 95 09

Où manger & dormir
*Ferme-auberge “Pipa minicale”
Col Saint-Antoine - Tél. 04 95 26 61 51

EXTRAIT DU MAGAZINE
THEMATIQUE
N°1 TERRE DE CORSE

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