Centuri

Royaume de la langouste

Publié le 06/04/2007
© Texte Anna Grazi Photos Robert Palomba

Village
De tours en lacets, les roches du Cap enjolivent l’âme de la terre. Fouettée par le vent, torturée par le sel, elle garde pourtant la douceur des effluves de son trésor végétal. Compagnon fidèle, le Libecciu susurre l’escapade au moulin Mattei, “mulinu vechju” comme on le surnommait. Eblouissant de son panorama et de la découverte sur les 8 km2 de Centuri, il dessine la vallée, la petite marine, l’îlot de Capense. De quoi flâner, d’autant que le géographe grec Ptolémée localisait déjà Centuri parmi les 32 villes ou ports. Cinctura, Centuria... Centuri est ceinturée par ses hameaux Corte, Camera, Ortinola, Merlacce, L’Orche, Cannelle. Connu dès l’Antiquité, le village offre sa lumière apprivoisée tôt le matin par ses pêcheurs, et même si l’activité est moins intense qu’autrefois, la pêche fait toujours vivre quelques familles.

ENTRE COMMERCE ET CONQUETES
Au fil du petit jour, les hommes de la mer lancent leurs filets, régalant plus d’un amateur de bon poisson et les restaurants de la cité. Au xvie, le royaume de la langouste tremblait pour la vie des pêcheurs de corail, lorsqu’une centaine, partis de Morsiglia et Centuri, plongeaient sur les côtes algériennes. Ancienne plaque tournante de l’exportation de vin, bois, huile et agrumes vers la France et l’Italie, Centuri est désormais escale rêvée où les jours ont changé de tempo. Créé il y a 25 siècles, le port de Centurium arbore son passé militaire. En 1760, alors que la Corse est indépendante, Pascal Paoli crée le port de guerre et un chantier naval pour armer une flotte corse. Aujourd’hui, le port miniature attire les visiteurs pour le charme de sa marine récitant la valse des flots aux bateaux colorés et maisons aux coiffes serpentines. Venue de la mer, la vie file à Camera et le hameau d’Ortinola stimule la curiosité avec le château Cipriani. S’il ne se visite pas, il raconte la vie du comte Leonetto Cipriani, général et consul de Sardaigne à San Francisco, et ami de Napoléon III. Rivalisant avec le château de Merlacce, il est de style médiéval, élevé à la fin du xixe. Troublant par son architecture, l’édifice porte dans sa robe ventée des rêves d’autres temps. Ortinola martyrisée évoque alors le cauchemar barbaresque, la douleur des razzias, le village brûlé, les villageois capturés,... un chagrin apaisé par San Roccu ou distrait par le défilé de la vie de l’homme de fer Matteo Cipriani, géant de plus de deux mètres - père de Leonetto Cipriani - et le feuilleton guerrier des ancêtres distingués en Amérique du Sud. L’appel du large toujours, tel un écho errant, échappé des montagnes jusqu’aux dentelles de pierre.

Infos Pratiques


ITINERAIRE

Sentier des Douaniers. Départ, du haut du village, annoncé par des figuiers de Barbarie. La promenade autour de la mer se décline de Centuri à Tollare en quatre heures, puis de Tollare à Barcaggio en 45 mn. Une autre façon d’apprendre le Cap, en écoutant vivre la faune secrète et les espèces endémiques. Les botanistes reconnaîtront les genévrier de Phénicie, genêt, morisia, jonc, tamaris... Une balade sans embûches où, à défaut de croiser des pirates turcs et barbaresques, l’on s’extasie devant l’élégance des goélands d’Audouin. cormorans huppés, faucons pèlerins, euproctes de Corse... Le sentier balisé s’ouvre sur l’îlot de Capense. Détaché du Cap par l’érosion marine, il illustre la guerre des seigneurs du sud et de ceux du Cap, n’ayant jamais cédé la terre fortifiée. A la découverte de Centuri, on se faufile sur les terres cousues du chapelet d’oratoires et chapelles, lieux sacrés sur les sentiers conduisant vers l’extérieur. Ici, les limites cadastrales se doublent de barrières imaginaires, ces édifices. A Centuri et Morsiglia notamment, les limites, rempart symbolique, sont en deçà des données cadastrales. Dans ces lieux, la chasse est possible, le passage des hommes aussi, comme celui des “mazzeri” chasseurs d’âmes noctambules luttant dans la nuit du 31 juillet au 1er août avec ceux d’autres villages... Sur cette terre de mystères, certains osent se rappeler l’ancienne école de sorcellerie du côté de Luri et Ersa. Il y a longtemps...

PRATIQUE
Accès

*De Rogliano, par la D 80

A voir

*Hameau Cannelle. De Camera, on y accède par la D 35. Suspendu à flanc de montagne, il prend des allures de crèche aux venelles effilées, constructions et passages dans le roc, marches de pierre. L’émerveillement est pur pour le regard qui fuit, plonge dans la mer en contrebas. A voir, L’Orche et sa chapelle.
*Moulin Mattei : on le découvre après une dizaine de minutes de grimpe, à un peu moins de 400 m d’altitude. Le panorama offre une vue saisissante sur les deux versants de la pointe du Cap. Si l’ascension tourne à un duel avec le vent, elle renvoie à Louis Napoléon Mattei qui, en 1872, fonda la société qui porta la marque des apéritifs corses jusqu’au bout du monde en inventant le vin du Cap Corse au quinquina, mélange savant de muscat, décoction de plantes et macération d’orange.

Dans les environs
*Ersa et son chapelet de huit villages
*Le site néolithique de Vittellaggiu
*La tour du XVIIe
*La marine de Barcaggio qui jadis exportait vers Gênes
son poisson frit mariné dans du sel.
*L’île de la Giraglia à 2 km au nord de Barcaggio,
son phare et sa tour.
*Granaggiolo : village de Louis Napoléon Mattei.

ADRESSES UTILES
*Mairie - Tél. 04 95 35 60 06

Où manger & dormir
*“Le Vieux Moulin” - Tél. 04 95 35 60 15
*“A macciotta” - Tél. 04 95 35 64 12
*“Le langoustier” - Tél. 04 95 35 64 98
*“A rinascità” à Ersa - Tél. 04 95 35 62 32

EXTRAIT DU MAGAZINE
THEMATIQUE N°1 TERRE DE CORSE

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